Concours de nouvelles 2007 à Fuveau (13) "On efface tout et on recommence"
Depuis de nombreuses années, la commune de Fuveau dans les Bouches du Rhône organise un concours de nouvelles.
Celle année le thème était:
"On efface tout et on recommence"
122 nouvelles ont participé au concours dont un peu plus de 80 pour les adultes.
Voici le résultat:
Catégorie adultes:
1er prix: "Mémoire vive"
2ème prix: "Le jardin des souvenirs"
Classé 3ème: "La disgrace"
Classé 4ème prix: "sarcophage"
Classé 5ème prix: "le matelas"
Ces 122 nouvelles ont été lues par un comité de lecture composé de bénévoles de Fuveau qui ont sélectionnés 10 nouvelles.
Ces 10 nouvelles ont été proposées à un jury composé d'écrivains et de professeurs de lettres:
Monsieur Jean Contrucci (président), Pierre Roumel, Christiane Antonini, Marc Spaccesi, Françoise Capitti, David Gressot, Michèle Olivier, Murielle Codaccioni.
Etait présent à la remise des prix, le maire de Fuveau:
Monsieur Jean Bonfillon.
(à droite sur la photo)
J'ajouterai le nom d'une amie: Monique Duvallet coordonatrice, sans qui ce concours ne pourrait être ce qu'il est.
(tout en haut, deuxième à gauche sur la photo)

Je ne peux pour l'instant vous révéler les noms des gagnants mais vous pourrez les retrouver sur Internet ainsi que leurs histoires.
Quant à moi, je me suis classée 14ème avec la nouvelle: "La contredame"
Ce n'est pas si mal....
Voici mon histoire:
L’atelier était en pleine effervescence. Odile, qui avait obtenu l’année précédente son bac professionnel de « mécanicienne en confection », travaillait dans cette usine où étaient employées huit cent personnes.
La jeune fille confectionnait des « poches stylos », ces poches étroites, à l’intérieur gauche des costumes. Madame Jeanne, la contredame, (cadre entourant les ouvrières d’ateliers de confection dans le nord de la France) avait toujours été ferme, mais gentille. La cadre confiait volontiers les costumes « Pierre Cardin » à Odile, très soigneuse. Cette dernière réalisait depuis longtemps la production demandée : vingt-huit poches à l’heure.
Hélas, Madame Jeanne partit à la retraite et une autre contredame vint la remplacer. Jeune celle-là. Ni laide, ni belle, plutôt sexy, brune aux cheveux courts, très hautaine. Elle s’appelait Michèle Martin. Immédiatement, elle chamboula tout, tyrannisa les ouvrières. Elle tentait de séduire le patron et ne ratait jamais une occasion de montrer ses jambes, sans se douter que sa méchanceté lui ôtait tout son charme.
« Odile ! Désormais vous me ferez trente poches à l’heure, vous êtes même capable d’en réaliser trente et une… Au moins ! »
La jeune ouvrière ne s’était pas aperçue que la traîtresse l’avait chronométrée à son insu. Elle eut beau expliquer qu’elle n’était pas un robot, qu’à certains moments de la journée elle ne parvenait plus à garder la cadence, l’autre ne voulut rien entendre.
Les journées qui étaient déjà dures tant par le travail répétitif que par le bruit des moteurs, devinrent de plus en plus pénibles. Et, cela ne faisait que commencer…
Convaincue que le rythme de la musique accroissait le rendement, la contredame fit ajouter des haut-parleurs et augmenter le son. Il en résulta un surcroît de fatigue.
Ce matin là, « M M », comme les filles l’avaient surnommée, était accompagnée d’une «nouvelle ». L’air satisfaite, toujours aussi arrogante, la chef vint droit sur Odile.
« Vous allez changer de travail. » Fit-elle avec un sourire narquois et un regard torve.
Odile ne réalisa pas immédiatement. Elle ne bougea pas.
« Allez ! Laissez votre place… Je vais montrer à ma nièce comment on réalise de belles poches passepoilées. Désormais, c’est elle qui les fera. Vous, vous irez là-bas, à côté de Rolande. Vous ferez des pinces de pantalons. »
« Mais, c’est pour les débutantes… Et je fais ma production… »
L’ouvrière contesta, en vain. Elle fut obligée d’abandonner son poste pour se retrouver sur une vieille machine qui ne servait plus depuis longtemps. Odile ôta la housse poussiéreuse, appuya sur le bouton vert. Hélas, malgré un secret espoir, le moteur se mit immédiatement en marche. Après avoir eu beaucoup de mal pour la régler, la mécanicienne en confection commença courageusement son nouveau travail.
Deux heures plus tard, madame Martin venait contrôler le rendement.
« Et bien Odile, vous qui me disiez que c’était un travail de débutante, vous êtes bien à la traîne ! »
L’ouvrière expliqua comment, à quelques temps d’intervalles, la machine à coudre, se déréglait toute seule, formant des boucles sur l’envers du tissu. Michèle Martin fit la moue, haussa les épaules, puis, dans un mouvement rotatif précipité, elle partit sans dire un mot, plus dédaigneuse que jamais.
Lorsqu’en fin de journée « M M » ramassa les derniers chiffres, les choses ne s’étaient pas arrangées pour la malheureuse Odile qui dut subir encore les injustes reproches de sa supérieure. La jeune fille se défendit, pestant contre la mécanique qui avait un problème. Elle réclama le technicien, seul capable de réparer. La femme, presque haineuse, lui répondit :
« Il n’y a pas de mauvais outils, il y a que de mauvais ouvriers… Tâchez de donner de meilleurs résultats demain ! Sinon, je vais vous faire appeler dans le bureau du directeur ! »
Elle l’abandonna en plein désarroi.
Enfin, c’était le dernier jour de la semaine, le meilleur! Déjà, toutes pensaient à ce qu’elles allaient faire durant le week-end.
Odile rêvait. Elle songeait au bonheur quelle éprouverait lorsque enfin, elle pourrait quitter cette maudite usine où elle exerçait une fonction sans intérêt. Sans parler de cette nouvelle contredame despote. Quel enchantement de ne plus jamais la voir ! Heureusement, dans le groupe où Odile se trouvait, il régnait une très bonne entente.
Soudain, la jeune fille sortant brutalement de sa rêverie, réalisa qu’elle piquait depuis un moment, sans s’être méfiée de cette satanée machine à coudre. Elle n’osait soulever le tissu. Au fond de l’Atelier, elle aperçut « MM » consolant une fille qui, semblait-il, pleurait. La fabrique entière détestait cette femme tyrannique qui passait tout son temps à écraser tout le monde par ses paroles acerbes… Son plaisir était de pousser les ouvrières à bout et ensuite, lorsque l’une d’elles pleurait, la contredame se faisait toute douce pour la consoler.
« Une folle se dit Odile » mais il fallait à présent qu’elle regarde si oui ou non, elle avait eu de la chance. Elle souleva le tissu. Horreur ! Elle ne put s’empêcher d’avoir un sursaut d’affolement. La sournoise machine qui piquait régulièrement sur l’endroit, avait encore fait des bouclettes sur l’envers !
Quand Odile découvrit que tout le lot était à dépiquer, elle blêmit. Cela allait lui prendre un temps infini. La contredame approchait. L’angoisse, fit se raidir la jeune fille. Sans aucun doute, la folle allait hurler, la menacer… envoyer une lettre d’avertissement. Découragée, Odile baissa la tête et ne bougea plus. Rolande, étonnée de ne plus entendre sa collègue travailler, s’arrêta pour la regarder. Sa copine était sur le point d’éclater en sanglots. Elle se précipita.
« Qu’est-ce qui t’arrive, tu es malade ? »
Elle lui montra le désastre et, d’un signe de tête, avisa «M M » qui se rapprochait inexorablement.
« Donne en quelques-unes à dépiquer, je vais les cacher…
- Moi aussi, fit une autre collègue.
- Moi aussi… Moi aussi… »
C’est ainsi que quatre filles se partagèrent le lot de pinces à démonter.
A la fin de la journée, grâce au jonglage des chiffres, la production avait à peine baissée. Odile avait pu repiquer son travail et, «M M», ne s’était aperçue de rien. La jeune fille remercia chaleureusement ses camarades. Sans elles, elle aurait eu un deuxième avertissement. Pourquoi cette femme était-elle toujours sur son dos ?
Ce lundi là, Odile vit passer avec satisfaction le technicien. La cinquantaine, il arborait une magnifique moustache grise qu’il lissait en relevant les pointes régulièrement. Il était très gentil, souvent il plaisantait et tout le monde l’aimait bien.
« Enfin Alphonse, tu viens nous voir, cela fait une semaine que j’ai des problèmes avec le matériel.
- Qu’est-ce qui t’arrive, petite ?
Odile lui expliqua et montra la dernière pince à refaire. Alphonse, méditatif, tira sur ses splendides et longues moustaches.
- Laisse faire un spécialiste ! »
Tandis qu’il entreprenait la réparation, Odile prit sa pose.
Lorsqu’elle revint à sa place dix minutes plus tard, l’homme n’était plus là mais la machine était toute démontée. Elle paniqua un instant mais le vit revenir. Il avait des pièces et des outils à la main et, il était en compagnie de Madame Martin.
« Allez aider à la coupe ! lança-t-elle à Odile toujours aussi aimablement. Alphonse doit changer la boîte à canette et les griffes d’entraînement. »
Odile, interloquée, ne se fit pas prier ; elle était ravie. Elle songea que l’arrogante serait cette fois, obligée de reconnaître, que c’était bien l’outil, et non l’ouvrière qui était mauvais…
La sirène annonçant la fin de la journée retentit enfin. Aussitôt, les ouvrières, telles des furies, se précipitèrent en même temps vers la pointeuse, bousculant tout sur leur passage, renversant même parfois des costumes dont on avait pourtant pris tant de soin quelques instants auparavant. Odile et quelques-unes attendirent la fin de la débandade.
Les mois passèrent, tristes, monotones. La jeune cadre ne s’était pas montrée plus agréable. C’était même plutôt pire. Chronométrant même le temps que les filles passaient aux toilettes. La mégère n’ayant pas réussi à ensorceler le patron, elle passait son dépit sur les couturières.
Un jour, madame Martin se précipita en fulminant de rage vers Odile qui en eut la chair de poule.
« Vous croyez que je ne vous vois pas ? J’en ai assez de vous voir parler… »
Odile ne l’écoutait plus. Elle avait pris l’habitude de ces accès de colère. Cette femme pensait-elle vraiment qu’il était possible de suivre une conversation dans un tel boucan ? Inconsciemment Odile avait accéléré la cadence pour se calmer. Seul son visage rouge montrait de la colère et de la frustration. Odile n’avait fait que remercier d’un geste et d’un sourire sa collègue Rolande qui faisait passer discrètement des bonbons. A bout d’arguments, M M finit par repartir sans qu’elle obtint une réponse d’Odile. Comme à son habitude, la contredame voulut s’éloigner dans un mouvement rotatif précipité, elle glissa sur des chutes de tissu, se relevant aussi vite qu’elle était tombée. Odile ne put s’empêcher de pouffer malgré le regard noir que lui lança M M. C’est ainsi que la jeune fille reçu son troisième et dernier avertissement.
Odile s’était retrouvée au chômage. Restée en contact avec quelques amies de l’usine, elle avait appris que les ouvrières, lassées d’être persécutées, s’étaient mises en grève durant une semaine puis, cédant à la pression, et ne pouvant se permettre que leur salaire diminue davantage, elles avaient repris le travail, mais en baissant considérablement le rendement. Le patron n’avait eut alors aucun scrupule à licencier la contredame inapte. Lui non plus ne l’appréciait guère... Puis, tout rentra dans l’ordre.
Quelques mois plus tard, on pouvait voir une jeune femme pénétrer dans un nouveau magasin de tissus. Elle désirait se confectionner une robe qu’elle n’avait plus les moyens d’acheter. Elle avait le temps, puisqu'elle était au chômage …
Elle interrogea la jeune stagiaire concernant un tissu moiré. Cette dernière ne put la renseigner.
« Je vous demande un instant, madame, ma patronne ne va pas tarder… »
Madame Martin faillit s’étrangler en reconnaissant Odile. Une de ses anciennes ouvrières ! « M M » ne lui laissa pas le temps d’approcher. Déjà, elle était dehors…
Elle se retourna pour lire l’enseigne :
« ODILE TISSUS ».
Dans un accès de rage qui lui restait habituel, sans regarder, elle commença à traverser la rue ; à cet instant, un véhicule surgissait….