Une mini histoire

Publié le par Claudine

Le chocolat de Günter

Insoucients dans l’innocence de nos dix ans, Jérôme et moi jouions sans imaginer

 cet ailleurs si inquiétant, si lointain.

Oh ! bien-sûr, on en avait entendu parler de la guerre, du front, des allemands…

Beaucoup d’hommes de chez nous étaient partis. Nous n’avions plus revu notre père

depuis longtemps et sa dernière lettre datait du mois dernier.

Mais pour nous, les petits marseillais, ce qui caractérisait vraiment « la guerre », c’était le manque de nourriture. Oui, pour les enfants, la guerre, c’était avant tout la faim !

 

 

 

Je me souviens, c’était un jeudi, nous n’étions pas à l’école. Avec les copains, on

s’amusait dans les collines, sur les hauteurs de Marseille d’où l’on pouvait voir la mer.

Pourtant, maman nous l’interdisait, mais on s’amusait tellement ! On oubliait tout,

même les crampes d’estomac. Ce jour là, lorsque nous sommes rentrés, malgré notre

jeunesse et notre naïveté, nous l’avions remarqué : un vent de panique soufflait en plein

cœur de Marseille. Les gens se passaient le message : « les Allemands arrivent ! »

Des blindés avaient été vus se dirigeant vers Marignane. La peur était contagieuse et

maman n’avait pas besoin d’insister pour nous empêcher de sortir. Mon frère et moi

passions des heures le nez collé à la fenêtre. Il ne se passait rien. Les gens avaient

déserté les rues et les rares passants marchaient d’un pas rapide. Nous savions que

des voisins s’étaient barricadés chez eux. Maman, elle, ne voulait pas…

 

 

 

Deux jours passèrent avant l’invasion annoncée. Marseille ne put que subir l’assaut

 de ces nouveaux arrivants. Qui aurait pu défendre la ville ?

A partir de là, les choses changèrent vraiment pour nous. Il était difficile

d’échapper à la vigilance des soldats qui nous interdisaient tous déplacements en

dehors de la ville. Pour aller jouer dans les collines, il fallait se cacher, ruser. Un jour,

l’un d’eux tira sur nous. Quelle frousse on a eu ! Malgré le danger, nous refaisions

régulièrement des tentatives car une fois là-bas, plus personne ne pouvait nous voir.

 

 

 

Un soir, maman tomba malade. Je n’avais pas le choix, il fallait que j’aille faire la

queue à sa place le lendemain à l’aube, sinon, nous n’aurions pas eu de pain.

Jérôme me fit promettre de l’emmener. Je n’oubliais pas de croiser mes doigts

dans le dos. Il était trop petit ! J’eus si peur de ne pas me réveiller à temps, que

je passais une nuit blanche. Vers quatre heures et demi, je décidai de m’habiller.

Quelle ne fut pas ma surprise de voir mon frère debout. Il m’avait entendu et

c’est en baillant qu’il me suppliait de l’emmener. Je fis chauffer un peu de lait et

une demi-heure plus tard, nous étions dans la rue. Il n’y avait personne. Nous

nous donnions la main pour nous réconforter et avoir plus chaud. Soudain, un

jeune allemand nous interpella. Nous n’osions plus bouger. Je réussis à lui

expliquer que nous allions faire la queue pour acheter du pain tandis que mon

frère pleurnichait. Le soldat nous posa une question en allemand, mais, d’une

voix très douce, tout en sortant de sa poche deux carrés de chocolat. Il nous

 les offrit. Nous n’osions prendre cette friandise dont nous n’étions plus

certains de nous souvenir du goût, il nous dit ainsi :

« A la maisson, chai deux karssons comme fous… »

Il mit le chocolat dans notre poche et il partit en nous faisant un signe de la main.

 

 

Alors, tous les jeudis, nous allions chercher le pain et, chaque fois que l’on rencontrait

 notre ami Guntër. Il avait toujours quelque chose pour nous.

 

J'espère que cette histoire vous a plu....

 

La pensée du jour:

" Les mots ne sont pas assez nombreux pour courir aussi vite que la guerre"

Jean Marie Gustave Le Clézio

 

 

 

 

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Publié dans Ecriture

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P
C'etais une bien jolie histoire!
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