CHAGRIN D'ECOLE de Daniel Pennac
DANIEL PENNAC
De son vrai nom Daniel Pennacchioni est un écrivain français né à Casablanca, au Maroc en 1944.
Après une maîtrise de lettres à Nice, il entre dans l'enseignement. Il commence à écrire pour les enfants et finit par proposer:
Au bonheur des Ogres
à la série noire. C'est ainsi que Benjamin Malaussène et ses amis de Belleville font leur entrée dans la littérature.
Pennac garde de son enfance une nostalgie du foyer et une tendresse pour la famille d'élection. Si ses écrits sont drôles et plein d'une imagination débridée, Pennac peut aussi écrire "Comme un roman," un essai de pédagogie active, lucide et enthousiaste.
Que l'on songe à cette phrase qui pourrait guider tout enseignement:
"On ne force pas une curiosité, on l'éveille."
L'album de bande dessinée:
La Débauche
qu'il a signé avec Jacques Tardi, prouve sa conscience sociale et civique, révoltée par le licenciement sauvage, par la situation d'un chômeur victime d'un chef d'entreprise corrompu. Depuis ses débuts d'ailleurs, Pennac étudie et critique les institutions qui nient l'individu.
On pourrait dire de lui comme de son personnage principal:
"Vous avez un vice rare, Mallaussène, vous compatissez." (la petite marchande de prose)
Il écrit quand sa "tribu" personnelle lui en laisse le temps car dit-il:
"C'est, quoi qu'il arrive, l'attachement à l'autre qui est prioritaire par rapport, par exemple, à la corruption du social."
Chagrin d'école est son premier essai
EXTRAITS:
A quoi tient la métamorphose du cancre en professeur?
Et, accessoirement la première question qui vient à l'esprit: "Comment suis-je devenu?"
La tentation est grande de ne pas répondre.... A quel moment l'adolescent le plus rétif atterrit-il sur le terrain de la réalité sociale? Quand décide-t-il de jouer, si peu que ce soit, ce jeu là? Est-ce seulement de l'ordre de la décision? Quelle part y prenne l'évolution organique, la chimie cellulaire, le maillage du réseau neuronal?.....
Cette métamorphose est un authentique mystère!
A ne pas y croire... C'est d'ailleurs le lot du cancre: on ne le croit jamais. Pendant sa cancrerie on l'accuse de déguiser une paresse vicieuse en lamentions commodes: "Arrête de nous raconter des histoires et travaille!" Et quand sa situation sociale atteste qu'il s'en est sorti on le soupçonne de se faire valoir...
C'est même une décoration qu'on s'octroie couramment en société.... On les entend, ces malins, dans les salons, sur les ondes, présenter leurs déboires scolaires comme des hauts faits de résistance.
Je ne crois, moi, à ces paroles, que si j'y perçois l'arrière-son d'une douleur. Car si l'on gurérit parfois de la cancrerie, on ne cicatrise jamais tout à fait des blessures qu'elle nous infligea.
Ce que j'en pense:
Je suis très heureuse d'avoir lu "Chagrin d'école". Lorsque j'en ai entendu parler, je me suis dit: "je devrais le lire" puis les jours on passé jusqu'au Prix Renaudo. Alors je l'ai acheté pour le lire presque d'un trait.
"Enfin quelqu'un qui comprend" me suis-dit. Parce que j'ai toujours souffert de cette cancrerie. Même si j'ai par la suite réussi dans divers métiers pour lesquels je n'avais pas le diplôme.
J'ai pourtant (sur le tard) essayé de me guérir de ce sentiment d'infériorité. A l'âge de 45 ans j'ai passé mon bac, suis allée à la fac deux ans et j'ai obtenu un diplôme. Mais je ne suis toujours pas guérie. Je ne le serai probablement jamais. Comme le dit Daniel Pennac: "on ne cicatrise jamais tout à fait...."