"Un roman russe" d'Emmanuel Carrère
"UN ROMAN RUSSE"
Entre autofiction et roman, l'auteur de "La Classe de Neige", d'origine Russe, évoque sa famille, ses amours, la dépression, ses fantômes....
Emmanuel Carrère d'après Nicolas Rey (VSD avril07)
49 ans. Il fume. Et je le considère déjà comme une légende vivante. Il faudrait faire de la place et ensuite rédiger un pavé sur cet écrivain. A lui tout seul, ce type peut te faire aimer la littérature, te faire passer du burlesque au drame, du sexe à l'angoisse, de l'amour à l'horreur.
Comment faire aussi parfait, terrifiant et limpide que :
"La Classe de Neige"
Et je n'ai pas assez de place pour évoquer: "La Moustache" ni "L'Adversaire", ce démon que l'on peut tous devenir: Jean Claude Roman. Jusqu'où peut on aller trop loin avec un mensonge?....
Un roman russe: quelques années de la vie d'Emmanuel. L'âme slave et l'existance en dents de scie.
On se retrouve à Kotelnich, 800 kilomètres de Moscou, vingt mille habitants: "Une sorte de trois étoiles du dépaysement dépressif"
4ème de couverture:
La folie et l'horreur ont obsédé ma vie. Les livres que j'ai écrits ne parlent de rien d'autre.
Après l'Adversaire, je n'en pouvais plus. J'ai voulu y échapper.
J'ai cru y échapper en aimant une femme et en menant une enquête.
L'enquête portait sur mon grand-père maternel, qui après une vie tragique a disparu à l'automne 1944 et, très probablement, été exécuté pour des fais de collaboration.
C'est le secret de ma mère, le fantôme qui hante notre famille.
Pour exorciser ce fantôme, j'ai suivi des chemins hasardeux. Ils m'ont entraîné jusqu'à une petite ville perdue de la province russe où je suis resté longtemps, aux aguets, à attendre qu'il arrive quelque chose.
Et quelque chose est arrivé: un crime atroce.
La folie et l'horreur me rattrapaient.
Elles m'ont rattrapé en même temps, dans ma vie amoureuse. J'ai écrit pour la femme que j'aimais une histoire érotique qui devait faire effraction dans le réel, et le réel a déjoué mes plans. Il nous a précipités dans un cauchemar qui ressemblait aux pires de mes livres et qui a dévasté nos vies et notre amour.
C'est de cela qu'il est question ici: des scénarios que nous élaborons pour maîtriser le réel et de la façon terrible dont le réel s'y prend pour nous répondre.
Ce que j'en pense:
On ressent l'angoisse de l'auteur du début à la fin.
L'auteur décide de dire la vérité sur son grand-père qui, semble-t-il était un collabo durant la dernière guerre. Sa mère le supplie de n'en rien faire.
Le "roman" est en réalité une autobiographie de l'auteur. Une période de sa vie particulièrement difficile, angoissante.
Emmanuel Carrère nous fait plonger dans son histoire comme dans un roman. C'est particulièrement bien écrit et bien "fait" .
Le lecteur ne se lasse pas ; pourtant, les autobiographies ne sont pas les lectures les plus intéressantes...
Déprimés, s'abstenir!